Entretien avec Olivier Norek – Entre deux mondes

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J’apprécie beaucoup le travail de cette auteur, c’est donc pour moi un très grand plaisir de vous proposer cet entretien.

1) Qu’est ce qui vous a poussé à écrire sur la « Jungle » de Calais ?

C’est une double envie. Côté polar, je voulais écrire une enquête dans le seul endroit où les flics en France ne peuvent absolument pas enquêter : un camp de réfugiés. Tout simplement parce que les cinq piliers de l’enquête ne sont pas disponibles : le témoignage (personne ne veut parler aux policiers dans un camp de réfugiés), puis les empreintes digitales et l’ADN (personne n’est répertorié ni fiché), les réseaux sociaux et mail, puis la téléphonie (là bas, tous les migrants ont un téléphone pré-payé sans identité). Le seul pilier d’enquête qui reste, le sixième, c’est le flair, comme pour les cinq sens, le sixième est l’intuition… Mais dans une procédure écrite comme l’est celle en France, le flair ne fait pas office de preuve. La seconde envie était de retourner à mes racines de petit fils de migrant et de raconter l’histoire qu’a probablement vécue en partie mon grand père, celle, éternelle, des réfugiés.

2) Vous êtes-vous rendu sur place pour décrire avec tant de précision tout ses lieux que l’on découvre dans « Entre deux mondes » ?

Bien sûr. Je ne me serais pas permis d’écrire un roman sur un sujet si sensible sans y avoir vécu un minimum. J’y suis donc resté plusieurs semaines, je me suis posé là, comme une caméra, prêt à enregistrer. Je n’ai jamais provoqué ces instants de confidence, je les ai laissés naître et je les ai écoutés.

3) A quel point avez-vous été touché et marqué vous même par cette expérience ?

Si l’on considère que Entre 2 Mondes n’est pas facile à lire à cause des émotions qu’il génère, je vous promets qu’il n’a pas non plus été un roman facile à écrire. C’est aujourd’hui une histoire qui me dépasse, un roman qui est devenu bien plus important que son auteur. C’est un sentiment bizarre que de créer quelque chose qui ne nous appartient plus.

4) Ce roman parle d’une thématique sociale très forte, des migrants, des conditions de travail des policiers sur place, quels messages vouliez vous faire passer ?

Aucun. Le lecteur fait comme il veut. Je lui raconte une histoire, vraie, sans fantasmes ni caricature, c’est à lui ensuite, avec les informations qu’il a, de se faire sa propre idée sur la situation. Ce n’est pas un livre de professeur, ni de journaliste. C’est un roman réel, qui ouvre certaines portes et c’est au lecteur de choisir s’il franchit le pas, ou s’il en reste juste au polar.

5) De quoi, au jour d’aujourd’hui, êtes-vous le plus fier dans vos livres ?

L’enfer c’est les autres. Je ne suis pas fier de mes livres, je suis fier du regard que les lecteurs portent dessus. Lorsque j’étais flic, mon moteur était la victime. Aujourd’hui, mon moteur, ce sont les lecteurs. Quand je suis devant la page blanche, la seule question que je me pose est : « comment faire prendre le plus de plaisir possible à celui ou celle qui a cette histoire entre les mains ».

Lien vers la chronique du livre

Merci à Olivier Norek pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir son roman.

 

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Biographie de Olivier Norek

Né à Toulouse en 1975, Olivier Norek est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche de la Sous-Direction de la Police Judiciaire (SDPJ) en Seine Saint-Denis, et auteur de trois polars magistraux, chocs, tendus, électrisants, dans lesquels le capitaine Victor Coste se débat, aux frontières des crimes et de la violente folie.
De Code 93 (Michel Lafon, 2013) au fameux Surtensions (Michel Lafon, 2016, prix du polar européen du magazine Le Point), en passant par le vertigineux Territoires (Michel Lafon, 2014), Olivier Norek n’a de cesse de nous mettre face à la très réelle violence, avec un relief propre à celui qui connaît le terrain de très près.
Olivier Norek a travaillé à l’écriture de la sixième saison de la série Engrenages.
Son nouveau roman, Entre deux mondes (Michel Lafon, octobre 2017), met de coté son personnage fétiche et nous plonge dans la jungle de Calais.

 

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Entre deux mondes

Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour cette lecture.

Chronique :

Le dernier livre de Olivier Norek Entre deux mondes ne met pas en scène son personnage fétiche le capitaine Victor Coste et la région parisienne. Entre deux mondes parle de tout autre chose. Tout d’abord direction la Syrie, puis la « Jungle » de Calais… pour un changement radical! olivier-norek-livre

On fait tout d’abord la connaissance de Adam un flic Syrien de Damas. Il doit fuir son pays et son régime sanguinaire pour rejoindre sa femme Nora et sa fille Maya parties quelques jours avant lui dans un long périple vers l’Angleterre. Mais une fois arrivé dans la fameuse « jungle » de Calais, il ne les trouve nul part. Chaque jour il met toute son énergie à les chercher et montre à tout le monde la photo de Nora et Maya, une des rares choses qu’il possède encore. Ce qu’il va découvrir dans ce bidonville est un univers sans loi où les migrants affluent chaque jour vivant dans des conditions déplorables, où même la police n’ose plus mettre les pieds. Au fur et à mesure que passe les jours Adam se rattache à tout ce qu’il peut. Car l’espoir de revoir un jour sa femme et sa fille s’amenuise de jour en jour. Parallèlement on fait la connaissance de Bastien un flic français tout juste muté de Bordeaux à Calais pour des raisons familiales. Sa femme est en pleine dépression après le décès de son père et sa fille en pleine crise d’adolescence. Les deux flics se lient d’amitié. Ils viennent de deux pays différents mais font le même métier et se ressemblent énormément dans leur humanité, leur valeur et leur courage. Le dernier personnage principal est Kilani un jeune soudanais que la vie n’a pas épargné. C’est un personnage très émouvant.

Olivier Norek s’empare d’une thématique sociale très forte. Il a osé prendre des risques. On ne suit pas vraiment l’enquête dans ce livre, on est plus porté sur les lieux, les personnages, leur humanisme, leur angoisse et leur peur. L’auteur nous parle de tout ces gens qui fuient leur pays en guerre et qui laissent tout derrière eux, leurs vies, leurs souvenirs et leurs familles. De ces migrants qui sont entassés dans des embarcations surchargées et qui traverse la méditerranée dans des conditions catastrophiques. Grâce à la qualité de sa plume, l’auteur a su m’immerger dans cette « Jungle ». La description de ce bidonville français est tout simplement bluffante. Tout est très documenté et très précis.

Ce livre est poignant, percutant et violent à la fois.  On se prend la réalité telle qu’elle est en pleine figure. Vous avez dû le deviner c’est un gros coup de cœur. Merci et bravo Monsieur Norek pour cet excellent moment de lecture. Mais assez parlé, foncez acheter ce livre et vous comprendrez par vous même, ne passez pas à côté, ce serait dommage.

Résumé de l’éditeur :

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Olivier Norek – Entre deux mondes (Editions Michel Lafon 05/10/2017).

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Entretien avec Hervé CLAUDE

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Hervé Claude. C’est mon vrai nom… Je suis journaliste et romancier. J’ai longtemps travaillé à la télévision, notamment pour présenter le JT de France 2. Mais parallèlement j’ai toujours écrit des romans, d’abord des romans de littérature générale puis en 2000, j’ai basculé dans le roman noir.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Mon premier souvenir fort de littérature c’est Agatha Christie, quant j’avais 10 ou 12 ans. C’est sans doute pourquoi, un jour, j’ai basculé dans le roman noir.

 D’où vous est venue l’envie d’écrire des romans noirs ?

Cela s’est fait à l’occasion d’un voyage en Australie. J’ai eu une idée. J’ai ensuite écrit le roman et je l’ai proposé à la Série noire. Il a été pris en huit jours. Je me suis dit qu’il fallait continuer dans ce domaine.

● Pourquoi vos romans se déroulent-ils pour la majorité en Australie ?

Et je me suis dit qu’il fallait retourner en Australie pour trouver d’autres idées. Et, depuis 15 ans maintenant j’y retourne chaque année deux ou trois mois. C’est un pays qui m’inspire. Assez proche du nôtre mais un peu plus de neuf, un peu plus moderne, beaucoup plus grand et très propice pour les histoires policières. L’Australie a un côté Far-West…

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman « Crystal City » ?

L’idée de Crystal City est venue en rencontrant des amis qui travaillent dans les mines. Ces mines sont très importantes pour toute l’économie de l’Australie occidentale. Elles ont fait la richesse de cette région. Mais elles ont entraîné un énorme trafic notamment de drogue. Il me semblait que j’avais là un bon sujet. D’autant que ces mines, dans l’outback, c’est-à-dire des déserts très isolés sont des lieux très étranges où les mineurs travaillent dans des conditions extrêmes.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et notamment « Anthony Argos » pour « Crystal City » ?

J’ai créé Anthony Argos car j’avais quitté mon éditeur précédent (Actes Sud) et je souhaitais créer une autre série. Jusqu’à présent je n’avais jamais eu de personnage de journaliste. Cette fois je me suis lancé. Mais c’est un journaliste très différent de celui que j’ai été. C’est un pur journaliste d’investigation avec toutes ses qualités mais aussi ses défauts. C’est un emmerdeur, un pinailleur mais un gars qui ne lâche jamais le morceau.

● Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la série autour du journaliste « Anthony Argos » ?

Je ne sais pas jusqu’où j’irai avec lui. Pour l’instant j’ai prévu une trilogie. Le deuxième sortira en mars prochain et je travaille sur le troisième. Après on verra…

● Etes-vous un grand lecteur et quels sont vos modèles ?

Je lis pas mal de romans policiers, de romans noirs. Mes modèles se sont Henning Mankel ou Denis Lehanne. Ils écrivent des romans à la fois littéraires et avec des intrigues très serrées. Mais mon modèle absolu reste Patricia Highsmith.

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

En commençant à écrire un roman, je ne fais jamais de plan. Les idées, l’intrigue, doivent venir au fil de la plume. C’est cela la vraie création littéraire.

● Mettez-vous un point d’honneur à parler de la communauté gay ?

Je ne mets par un point d’honneur à parler systématiquement de la communauté gay. Simplement je me suis rendu compte qu’un personnage gay est une vraie originalité dans le roman noir. Un peu moins maintenant, moins qu’il y a 15 ans quand j’ai écrit Riches, Cruels et Fardés, mon premier publié à la série noire. En plus, cela donne un point de vue un peu décalé à l’ensemble du roman.

● Quelles sont vos autres passions ?

J’ai plein d’autres passions : le journalisme bien sûr, le cinéma, le sport, les voyages, les gens, etc. etc.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Bref la vie, tout simplement !

Lien vers la chronique du livre

Merci à Hervé Claude pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

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Biographie de Hervé Claude

Hervé Claude est un journaliste et écrivain français né le 19 novembre 1945 à Paris.

Il a présenté le journal d’Antenne 2, puis France 2, de 1975 à 1994. Il travaille depuis cette date sur Arte.

Hervé Claude a écrit une dizaine de romans. « Requins et Coquins » est le deuxième dans la Série noire après « Riches, cruels et fardés ».

En septembre 2007, est sorti le dernier tome de la trilogie « Mort d’une drag-queen ». Il a aussi publié un roman noir dans la collection Suite noire sous le numéro 24 intitulé « Cocu de sac ».

Journaliste à la télévision, il travaille principalement pour Arte. Il vit plusieurs mois de l’année en Australie.

Il a à son actif une quinzaine de livres. Amoureux des auteurs anglo-saxons, il avoue sa passion pour les romans policiers de Patricia Highsmith et de Russel Banks. Côté français, il a une préférence pour Caryl Ferey, Jean-Noël Pancrazi et Jérôme Ferrari.

Piégée

Un grand merci aux éditions Métailié pour cette lecture.

Chronique :

Lilja Sigurdardóttir est une auteur islandaise de théâtre et de romans noirs. Piégée est le premier tome de la trilogie Reykjavik noir. Après Arnaldur Indridason et Arni Thorarinsson, je découvre une auteur islandaise. C’est donc parti pour l’Islande, petite île perdu au milieu de l’Atlantique nord. L’action a lieu en hiver entre l’aéroport de Keflavik et la capitale Reykjavik de novembre 2010 à février 2011.

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On va suivre le parcours de nos trois personnages principaux. Tout d’abord Sonja une jeune maman divorcée qui aimerai récupérer la garde de son fils Tómas. Officiellement elle a créé une société d’informatique, mais tout ses voyages professionnels en Europe ne lui servent que de couverture pour faire passer de la drogue en Islande. Agla, compagne de Sonja et ancienne banquière, va faire face à une enquête pour malversations financières. Et enfin Bragi un vieux douanier travaillant à l’aéroport de Keflavik n’a pas envie de prendre sa retraite car sa solitude lui pèse de trop. Sa femme étant atteinte de la maladie de Alzheimer se retrouve dans une maison de retraite.

C’est facile à lire, l’auteur nous dévoile le quotidien des passeurs de drogue. Le rythme de lecture est rapide car les chapitres sont très courts. Piégée est un thriller avec son lot de suspense et de rebondissements, c’est également un roman qui mélange trafic de drogue, histoire d’amour, crise financière et étude de la société islandaise. Je lirai la suite avec plaisir.

Résumé de l’éditeur :

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante. Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa si jolie maman. Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavík, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement. Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier.

Lilja Sigurdardóttir – Piégée (Métailié/Noir 23/03/2017) traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün.

Son titre original est « Gildran » (2015).

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Entretien avec Sandrine COLLETTE

les larmes noires de la terre

J’apprécie beaucoup le travail de cette auteur, c’est donc pour moi un très grand plaisir de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis un auteur que les libraires ne savent pas bien où classer… polar mais pas polar, thriller, roman noir ou roman court… toujours sombre mais sans le schéma crime-enquête-inspecteur, je préfère les destins ordinaires, des gens comme vous et moi, qui basculent à un moment de leur vie, souvent pour une raison toute bête.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Sans doute la découverte du Club des Cinq d’Enid Blyton. Avant, après j’ai lu beaucoup de bande dessinée étant enfant et ado, avec un drame : je m’identifiais aux héros guerriers, braves et beaux, et en famille, on me comparait plutôt à ces personnages secondaires et rigolos que sont par exemple Pirlouit pour Johan et le schtroumpf grognon pour les Schtroumpfs.

●  Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre nouveau roman « Les larmes noires sur la terre » ?

Le décor est venu en premier (cf. question 5) et ensuite, je me suis demandée quelle histoire pouvait s’implanter là-dedans. Je ne voulais pas faire un roman misérabiliste, où la seule force toute relative aurait été de se complaire dans l’observation de ces personnages qui dégringolent. Le cœur du livre, ce sont les six femmes qui l’habitent et qui redirigent complétement le roman vers la solidarité et l’amitié, des femmes puissantes malgré ce que la vie leur a fait endurer.

● Vos personnages sont tellement charismatique, comment prennent-ils vie ?

Impossible de vous répondre. Ils prennent vie tout seuls : je cherche une idée comme on attend le messie, cela tourne dans ma tête sans que je m’en rende compte, mais avec une attention particulière aux petits événements de la vie quotidienne, et à un moment, un déclic se produit. Je trouve l’histoire, je trouve un personnage, puis deux, puis trois. Je ne sais pas expliquer comment cela vient.

● D’où vous est venu l’idée de « La Casse » ?

C’est une idée qui m’est venu en 2014, avant que l’on ne parle de camps de migrants… c’est très clairement un roman qui a été rattrapé par la réalité (ou presque). Je me promenais dans ma campagne et j’ai été saisie par ces vieilles voitures qu’on laisse pourrir dans les cours de fermes, qui n’ont plus de couleur, plus de vitres, et qui servent d’abris aux poules. Cela m’a fait l’effet d’objets morts et j’ai pensé que ça pouvait être un formidable décor pour un roman.

● Avez-vous toujours eue cette envie d’écrire ?

Oui, depuis que je suis enfant, j’inventais des petites histoires, des chapitres, je créais des BD d’une page. Mon rêve a toujours été de voir sur mes étagères un livre avec mon nom sur la tranche.

● Etes-vous une grande lectrice ?

Oui, mais très peu de polar. J’en lis pour savoir ce qui se fait, mais en tant que lectrice, j’ai surtout envie de sortir des univers sombres sur lesquels j’écris. Je lis chaque jour avec une prédilection pour des auteurs comme Alessandro Baricco, Laurent Gaudé, Murakami, Marguerite Duras…

● Avez-vous à ce jour un nouveau projet d’écriture ?

Oui…mais comme beaucoup d’auteurs, je n’aime pas en parler avant qu’il soit bien avancé…

● Quelle est selon vous la place du polar dans la littérature française d’aujourd’hui ?

La littérature noire représente une vente de livre sur quatre en France. Enorme ! Il y a une fascination pour ces univers qui se sont beaucoup diversifiés depuis une vingtaine d’années. Besoin d’adrénaline ou de regards sans aménité sur nos sociétés, sources de réflexions, je ne sais pas, mais il y a clairement une vague de cette littérature aujourd’hui.

● Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

La famille, qui est mon noyau central. Puis les chevaux et le (gros) bricolage. J’ai encore 4 chevaux à la maison (j’en ai eu 25 il y a vingt ans…) et j’ai refait moi-même toute ma maison, depuis la toiture jusqu’à l’escalier en passant par le carrelage ou… les écuries.

● Concernant votre vie d’auteur, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Rien de bien croustillant, en dehors des éternels loupés quand un lecteur me dit qu’il a adoré « Six souris blanches », « Dix petites fourmis » ou « Six fourmis rouges » pour mon thriller « Six fourmis blanches »…

● Quels conseils donneriez-vous à toutes personnes qui rêvent de devenir écrivain ?

D’essayer ! J’ai mis 20 ans à oser envoyer un manuscrit, j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas tenter, ne pas finir, la trouille, quoi. Et écrire pour soi, pas pour les autres, lecteurs ou non. Je suis convaincue qu’on ne peut pas être bon en faisant un livre qu’on n’aime pas.

Lien vers la chronique du livre

Merci à Sandrine Collette pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

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Biographie de Sandrine Collette

Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

« Des nœuds d’acier » (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013.
En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête.

Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).
« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar.

Sandrine Collette partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.