Entretien avec Hervé Claude

crystal city

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Hervé Claude. C’est mon vrai nom… Je suis journaliste et romancier. J’ai longtemps travaillé à la télévision, notamment pour présenter le JT de France 2. Mais parallèlement j’ai toujours écrit des romans, d’abord des romans de littérature générale puis en 2000, j’ai basculé dans le roman noir.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Mon premier souvenir fort de littérature c’est Agatha Christie, quant j’avais 10 ou 12 ans. C’est sans doute pourquoi, un jour, j’ai basculé dans le roman noir.

 D’où vous est venue l’envie d’écrire des romans noirs ?

Cela s’est fait à l’occasion d’un voyage en Australie. J’ai eu une idée. J’ai ensuite écrit le roman et je l’ai proposé à la Série noire. Il a été pris en huit jours. Je me suis dit qu’il fallait continuer dans ce domaine.

● Pourquoi vos romans se déroulent-ils pour la majorité en Australie ?

Et je me suis dit qu’il fallait retourner en Australie pour trouver d’autres idées. Et, depuis 15 ans maintenant j’y retourne chaque année deux ou trois mois. C’est un pays qui m’inspire. Assez proche du nôtre mais un peu plus de neuf, un peu plus moderne, beaucoup plus grand et très propice pour les histoires policières. L’Australie a un côté Far-West…

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman « Crystal City » ?

L’idée de Crystal City est venue en rencontrant des amis qui travaillent dans les mines. Ces mines sont très importantes pour toute l’économie de l’Australie occidentale. Elles ont fait la richesse de cette région. Mais elles ont entraîné un énorme trafic notamment de drogue. Il me semblait que j’avais là un bon sujet. D’autant que ces mines, dans l’outback, c’est-à-dire des déserts très isolés sont des lieux très étranges où les mineurs travaillent dans des conditions extrêmes.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et notamment « Anthony Argos » pour « Crystal City » ?

J’ai créé Anthony Argos car j’avais quitté mon éditeur précédent (Actes Sud) et je souhaitais créer une autre série. Jusqu’à présent je n’avais jamais eu de personnage de journaliste. Cette fois je me suis lancé. Mais c’est un journaliste très différent de celui que j’ai été. C’est un pur journaliste d’investigation avec toutes ses qualités mais aussi ses défauts. C’est un emmerdeur, un pinailleur mais un gars qui ne lâche jamais le morceau.

● Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la série autour du journaliste « Anthony Argos » ?

Je ne sais pas jusqu’où j’irai avec lui. Pour l’instant j’ai prévu une trilogie. Le deuxième sortira en mars prochain et je travaille sur le troisième. Après on verra…

● Etes-vous un grand lecteur et quels sont vos modèles ?

Je lis pas mal de romans policiers, de romans noirs. Mes modèles se sont Henning Mankel ou Denis Lehanne. Ils écrivent des romans à la fois littéraires et avec des intrigues très serrées. Mais mon modèle absolu reste Patricia Highsmith.

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

En commençant à écrire un roman, je ne fais jamais de plan. Les idées, l’intrigue, doivent venir au fil de la plume. C’est cela la vraie création littéraire.

● Mettez-vous un point d’honneur à parler de la communauté gay ?

Je ne mets par un point d’honneur à parler systématiquement de la communauté gay. Simplement je me suis rendu compte qu’un personnage gay est une vraie originalité dans le roman noir. Un peu moins maintenant, moins qu’il y a 15 ans quand j’ai écrit Riches, Cruels et Fardés, mon premier publié à la série noire. En plus, cela donne un point de vue un peu décalé à l’ensemble du roman.

● Quelles sont vos autres passions ?

J’ai plein d’autres passions : le journalisme bien sûr, le cinéma, le sport, les voyages, les gens, etc. etc.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Bref la vie, tout simplement !

Merci à Hervé Claude pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

Claude-Hervé

Biographie de Hervé Claude

Hervé Claude est un journaliste et écrivain français né le 19 novembre 1945 à Paris.

Il a présenté le journal d’Antenne 2, puis France 2, de 1975 à 1994. Il travaille depuis cette date sur Arte.

Hervé Claude a écrit une dizaine de romans. « Requins et Coquins » est le deuxième dans la Série noire après « Riches, cruels et fardés ».

En septembre 2007, est sorti le dernier tome de la trilogie « Mort d’une drag-queen ». Il a aussi publié un roman noir dans la collection Suite noire sous le numéro 24 intitulé « Cocu de sac ».

Journaliste à la télévision, il travaille principalement pour Arte. Il vit plusieurs mois de l’année en Australie.

Il a à son actif une quinzaine de livres. Amoureux des auteurs anglo-saxons, il avoue sa passion pour les romans policiers de Patricia Highsmith et de Russel Banks. Côté français, il a une préférence pour Caryl Ferey, Jean-Noël Pancrazi et Jérôme Ferrari.

Entretien avec Dominique Sylvain

couverture Kabukicho.indd

J’apprécie beaucoup l’univers et les livres de Dominique Sylvain, c’est donc un grand plaisir pour moi de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Née en Lorraine, j’ai 59 ans et ai été journaliste avant de me lancer dans la fiction. J’écris des romans noirs depuis un peu plus de vingt ans et ai commencé par des séries (Louise Morvan, Ingrid et Lola…). Depuis peu, j’écris des unitaires. J’ai aussi écrit pas mal de nouvelles et deux courtes pièces radiophoniques.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Un souvenir sonore. Mon arrière-grand-mère me lisait (ou me récitait de mémoire) des contes, fables et autres histoires. Je me souviens de sa jolie diction. Elle ne disait jamais « on » mais « nous » ; dans le fond, sa voix, son vocabulaire émergeaient du 19ème siècle. Dans ma série Ingrid et Lola, les échanges entre les deux protagonistes sont parsemés de mots oubliés. Sans doute, l’héritage de mon arrière-grand-mère.

● Avez-vous toujours eu cette envie d’écrire et pourquoi du « polar » ?

J’ai toujours aimé la littérature, tous genres confondus. J’aimais la chose écrite, les mots, réécrire certains dialogues dans ma tête et envoyer des lettres touffues à mes amis. Au début, je ne m’envisageais pas perchée devant un ordinateur à inventer des personnages, des vies, des péripéties. J’ai donc commencé par être journaliste parce que j’avais envie d’action et de contacts. C’est après la naissance de mes enfants et l’expatriation de ma famille au Japon que je me suis sentie prête à affronter la (relative) solitude de l’écrivain. Pourquoi le polar ? Eh bien, parce qu’au début, ça me semblait plus rassurant d’avoir une intrigue solide (celle propre à l’enquête) à laquelle me raccrocher. Dans ce genre littéraire, imbibé de suspense, on se doit de créer une ossature pour l’histoire qu’on envisage. C’est un peu comme le saut à l’élastique, on a de quoi se raccrocher pour ne pas se fracasser lamentablement contre la falaise. Dans la littérature générale, les possibilités sont infinies et floues. Mais dans le fond, ma théorie ne tient pas vraiment. Même si le polar est en partie une écriture sous contrainte, comme chaque littérature de genre, il embarque tout de même le lecteur dans mille univers différents. Il y a toujours cette contrainte du drame obligé et de l’existence d’une ou de plusieurs victimes, mais une fois le contrat tacite avec le lecteur respecté – lui procurer un texte soutenu par une certaine intensité voire une intensité certaine – on fait ce que l’on veux. On a même le droit de jouer avec les codes.

● Est-ce que d’après vous vos voyages vous on formée en tant que romancière/auteur/écrivain (je ne sais pas quel terme vous préférez) ?

J’aime bien le terme « romancière ». Mon genre est ainsi clairement défini. Et, au moins, on évite « auteure » qui ne gagne pas le grand prix de beauté. Et puis un auteur peut être aussi un scénariste, donc le terme prête à confusion. Mes voyages m’ont en effet amenée à ce métier. C’est au Japon que j’ai commencé à écrire, au début des années 90. Mon premier personnage était la ville de Tokyo, qui exerçait et exerce toujours une fascination sur moi. Ensuite, j’ai voyagé en Asie et les paysages, les cultures, les visages, les ambiances m’ont marquée. Par exemple, il pleut beaucoup dans mes romans car les pluies d’Asie sont les plus poétiques.

● Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer au Japon en 1993 ?

Mon mari venait d’y être muté. Le suivre n’a pas été une corvée, loin de là, ce bouleversement me passionnait autant que lui. J’ai toujours été attirée par l’Asie. C’est un continent que je comprends (du moins émotionnellement), sans savoir vraiment pourquoi. Tout m’intéresse : la littérature, l’architecture, les arts martiaux, la photographie, le cinéma, les codes sociaux, le shintoïsme et la gastronomie. Donc, cette attirance est sans doute liée à des esthétiques auxquelles je suis sensible naturellement. Juste avant de partir vivre à Tokyo, j’avais vu l’anime Akira, d’après le manga éponyme. Ça m’avait bluffée.

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman « Kabukicho » ?

Je voulais écrire une histoire se déroulant à Tokyo. C’était comme un puissant désir de retour aux sources, après plus de vingt ans d’écriture. J’ai découvert un documentaire sur une célébrité d’Osaka, un certain Issey, qui exerce un métier qui n’existe (il me semble) qu’au Japon. C’est un hôte. Séduisant, élégant, prince du baratin et champion de l’écoute attentive, il passe ses nuits à divertir, rassurer, complimenter ses clientes. Et à leur faire consommer des boissons alcoolisées pour faire grimper la note. Mais le sexe, la prostitution n’entrent quasiment jamais dans l’équation. Dans un pays où la psychanalyse n’est guère en vogue, les habituées des hôtes ont besoin d’un massage de l’ego. Issey précisait qu’à force de mentir, certains matins, il ne savait plus bien qui il était. Sa grâce désenchantée et fragile m’a émue. J’ai su que je tenais là le départ d’un roman noir psychologique, une réflexion sur le mensonge, les apparences, la solitude contemporaine. C’est aussi un roman sur l’identité. Trois narrateurs racontent le bouleversement que la mort d’une jeune femme provoque dans leurs vies.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et notamment « Yudai et Marie » pour « Kabukicho » ?

Je me glisse dans leur peau et j’essaie de ressentir ce qu’ils ressentent. Une fois que je sais à peu près qui ils sont, il suffit de les laisser fonctionner via leur logique interne. Mais de nombreuses modifications interviennent de version en version. Jusqu’à ce qu’il y ait une sorte de cristallisation. Le personnage existe alors. Je le sais. Je le sens. Pour mettre en place, Yudai, les choses me sont venues assez naturellement. J’ai imaginé ce que pouvait être l’existence d’un homme au bord de la rupture, usé par ses nuits à Kabukicho, déstabilisé par la perte de Kate, sa meilleure amie et surtout la seule femme avec qui il peut être lui-même. Marie a elle aussi un problème d’identité. Elle est venue au Japon pour vivre une aventure et combler des manques. Une façon de se perdre pour se retrouver. Elle a eu une enfance assez dure, elle trimballe un gros manque affectif. Elle tâtonne. Face à Kate, qui a un tempérament solaire, Marie se sent inférieure, inaboutie. Créer Marie a été très difficile. J’ai réécrit plusieurs versions. Elle ne sait pas qui elle est. Je le savais encore moins. Seule l’écriture (acharnée !) pouvait me la faire rencontrer.

● Etes-vous une grande lectrice et quels sont vos modèles ?

Oui, j’enchaîne la lecture de romans. J’ai de nombreux modèles. Mes « professeurs » d’origine sont les grands Américains : Raymond Chandler, Ed McBain, Chester Himes, Elmore Leonard. Mes goûts me portent vers l’ailleurs. J’aime les auteurs japonais tous genres confondus : Haruki Murakami (surtout ces romans des années 90), Keigo Higashino, Natsuo Kirino, entre autres. Dans mon panthéon, j’ai des romans, plutôt que des œuvres intégrales. Tokyo de Mo Hayder, Out de Natsuo Kirino, Complicity de Iain Banks, Mystic River de Dennis Lehane, Les oiseaux de Bangkok de Vazquez Montalban, Le Léopard de Jo Nesbo, etc. En France, j’aime certains romans de Philippe Djian (Vers chez les blancs, Incidences…), Le Marin de Gibraltar de Duras, et bien d’autres. Je viens de découvrir Preparation for the next life d’Atticus Lish et Still here de Lara Vapnyar, deux superbes romans américains. C’est sans fin.

● Après « L’Archange du chaos » et « Kabukicho » qui sont des romans unitaires, est-ce que pour vous les séries sont terminées ou allez-vous continuer ?

Je ne sais pas. J’éprouve un sentiment de liberté depuis que j’écris des romans unitaires. Je travaille sur des idées différentes. J’ai de moins en moins envie de raconter des intrigues avec des enquêteurs qui élucident petit à petit une affaire. Ce qui m’intéresse, c’est le roman total. Celui que je porte peut-être en moi, celui que je n’écrirai peut-être jamais. C’est le cheminement qui est intéressant. Et peut-être pas le sentiment d’être arrivée au bout d’un chemin après chaque publication. Oui, c’est ça, je chemine. Et ce qui me passionne, c’est de construire des histoires véhiculant une véritable émotion, plutôt que de dérouler des intrigues super excitantes sur le plan du suspense. Evidemment, l’idée est de réussir les deux. Mais la recherche prime, cette volonté que l’histoire trouve son style. La langue est un matériau sublime et rétif. Ça résiste et c’est ça qui est beau. Pour revenir à votre question, j’écrirai peut-être de nouveau des suites lorsqu’une envie irrépressible passera par-là. Je me laisse guider par mon instinct.

● Quelle est selon vous aujourd’hui la place du roman policier dans la littérature française ?

Très importante en termes de vente apparemment. A tel point que tout le monde veut en écrire, même ceux qui ne sont pas écrivains. Sans doute parce qu’ils s’imaginent que c’est plus facile, d’une manière ou d’une autre. C’est un peu le sentiment que j’avais au début. Mais la différence avec ces personnes, c’est que j’éprouve une véritable passion pour l’écriture. Polar ou pas, pour moi, c’est avant tout un travail artistique.

● Quelles sont vos autres passions ?

C’est la seule. Pour le reste, tout m’intéresse. Mais c’est sans doute parce tout prend sens puisque que je veux écrire sur la réalité, sur mon époque. Ou essayer du moins.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Merci pour cette interview. Et merci de vous intéresser à mon travail. Pour moi, l’écriture n’est ni une psychanalyse ni une action à sens unique. C’est un échange. Lorsque je lis, j’ai l’impression d’avoir la chance d’avoir une longue conversation avec un auteur. J’espère que mes lecteurs ressentent la même chose. Et comme à travers La Caverne du polar, vous êtes un passeur, j’apprécie que vous me permettiez de transmettre cette idée.

Merci à Dominique Sylvain pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière et si ce n’est pas déjà fait de découvrir tout ses romans.

Dominque Sylavin

Biographie de Sandrine Collette

Dominique Sylvain est née le 30 septembre 1957 à Thionville en Lorraine.

Elle travaille pendant une douzaine d’années à Paris, d’abord comme journaliste, puis comme responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor.

Pendant treize ans, elle a vécu avec sa famille en Asie. Ainsi, Tokyo, où elle a passé dix ans, lui a inspiré son premier roman Baka ! (1995). Sœurs de sang et Travestis (1997 et 1998) ont été écrits à Singapour.

Elle habite actuellement à Paris mais reste très attachée à l’Asie où elle se rend régulièrement. Elle se consacre, désormais, exclusivement à l’écriture. Ses seize romans ont tous été publiés dans la collection Chemins Nocturnes, aux Éditions Viviane Hamy.

Entretien avec Sandrine Collette

les larmes noires de la terre

J’apprécie beaucoup le travail de cette auteur, c’est donc pour moi un très grand plaisir de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis un auteur que les libraires ne savent pas bien où classer… polar mais pas polar, thriller, roman noir ou roman court… toujours sombre mais sans le schéma crime-enquête-inspecteur, je préfère les destins ordinaires, des gens comme vous et moi, qui basculent à un moment de leur vie, souvent pour une raison toute bête.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Sans doute la découverte du Club des Cinq d’Enid Blyton. Avant, après j’ai lu beaucoup de bande dessinée étant enfant et ado, avec un drame : je m’identifiais aux héros guerriers, braves et beaux, et en famille, on me comparait plutôt à ces personnages secondaires et rigolos que sont par exemple Pirlouit pour Johan et le schtroumpf grognon pour les Schtroumpfs.

●  Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre nouveau roman « Les larmes noires sur la terre » ?

Le décor est venu en premier (cf. question 5) et ensuite, je me suis demandée quelle histoire pouvait s’implanter là-dedans. Je ne voulais pas faire un roman misérabiliste, où la seule force toute relative aurait été de se complaire dans l’observation de ces personnages qui dégringolent. Le cœur du livre, ce sont les six femmes qui l’habitent et qui redirigent complétement le roman vers la solidarité et l’amitié, des femmes puissantes malgré ce que la vie leur a fait endurer.

● Vos personnages sont tellement charismatique, comment prennent-ils vie ?

Impossible de vous répondre. Ils prennent vie tout seuls : je cherche une idée comme on attend le messie, cela tourne dans ma tête sans que je m’en rende compte, mais avec une attention particulière aux petits événements de la vie quotidienne, et à un moment, un déclic se produit. Je trouve l’histoire, je trouve un personnage, puis deux, puis trois. Je ne sais pas expliquer comment cela vient.

● D’où vous est venu l’idée de « La Casse » ?

C’est une idée qui m’est venu en 2014, avant que l’on ne parle de camps de migrants… c’est très clairement un roman qui a été rattrapé par la réalité (ou presque). Je me promenais dans ma campagne et j’ai été saisie par ces vieilles voitures qu’on laisse pourrir dans les cours de fermes, qui n’ont plus de couleur, plus de vitres, et qui servent d’abris aux poules. Cela m’a fait l’effet d’objets morts et j’ai pensé que ça pouvait être un formidable décor pour un roman.

● Avez-vous toujours eue cette envie d’écrire ?

Oui, depuis que je suis enfant, j’inventais des petites histoires, des chapitres, je créais des BD d’une page. Mon rêve a toujours été de voir sur mes étagères un livre avec mon nom sur la tranche.

● Etes-vous une grande lectrice ?

Oui, mais très peu de polar. J’en lis pour savoir ce qui se fait, mais en tant que lectrice, j’ai surtout envie de sortir des univers sombres sur lesquels j’écris. Je lis chaque jour avec une prédilection pour des auteurs comme Alessandro Baricco, Laurent Gaudé, Murakami, Marguerite Duras…

● Avez-vous à ce jour un nouveau projet d’écriture ?

Oui…mais comme beaucoup d’auteurs, je n’aime pas en parler avant qu’il soit bien avancé…

● Quelle est selon vous la place du polar dans la littérature française d’aujourd’hui ?

La littérature noire représente une vente de livre sur quatre en France. Enorme ! Il y a une fascination pour ces univers qui se sont beaucoup diversifiés depuis une vingtaine d’années. Besoin d’adrénaline ou de regards sans aménité sur nos sociétés, sources de réflexions, je ne sais pas, mais il y a clairement une vague de cette littérature aujourd’hui.

● Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

La famille, qui est mon noyau central. Puis les chevaux et le (gros) bricolage. J’ai encore 4 chevaux à la maison (j’en ai eu 25 il y a vingt ans…) et j’ai refait moi-même toute ma maison, depuis la toiture jusqu’à l’escalier en passant par le carrelage ou… les écuries.

● Concernant votre vie d’auteur, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Rien de bien croustillant, en dehors des éternels loupés quand un lecteur me dit qu’il a adoré « Six souris blanches », « Dix petites fourmis » ou « Six fourmis rouges » pour mon thriller « Six fourmis blanches »…

● Quels conseils donneriez-vous à toutes personnes qui rêvent de devenir écrivain ?

D’essayer ! J’ai mis 20 ans à oser envoyer un manuscrit, j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas tenter, ne pas finir, la trouille, quoi. Et écrire pour soi, pas pour les autres, lecteurs ou non. Je suis convaincue qu’on ne peut pas être bon en faisant un livre qu’on n’aime pas.

Merci à Sandrine Collette pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

collette

Biographie de Sandrine Collette

Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

« Des nœuds d’acier » (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013.
En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête.

Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).
« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar.

Sandrine Collette partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

Entretien avec Thomas Laurent

le-signe-du-diable

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Bonjour à tous ! Soyons brefs: Thomas, 22 ans, étudiant strasbourgeois… et écrivain (comment ça, vous vous en doutiez ?!). Plus sérieusement: je suis un jeune auteur alsacien, publié depuis juin dernier aux éditions Zinedi. J’écris principalement du thriller, autour de mes thèmes de prédilection: les mystères et la superstition. Et depuis peu, je suis également vidéaste, puisque j’anime une chaîne Youtube sur l’archéologie !

 

Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Mon tout premier souvenir ? Ma mère qui nous lisait des histoires, à mon frère et moi, quand nous ne savions pas encore lire. Quant au tout premier roman que j’ai lu, c’était « Harry Potter » en CE1. À l’époque je lisais encore à haute voix… Je me souviens qu’il m’avait fallu une bonne vingtaine de minutes (au moins !) pour venir à bout de la première page… pas facile quand on débute !

 

Pensez-vous que pour devenir un bon auteur il faut avant tout être un grand lecteur ?

Honnêtement ? Je n’en sais rien. Instinctivement, j’ai envie de répondre que ce n’est pas obligatoire… mais on va pas se leurrer, ça aide beaucoup ! Pour ma part, j’ai été très grand lecteur dans mes années primaire-collège-lycée, et ça a été très formateur. Mais « c’est en forgeant qu’on devient forgeron »: pour être un bon auteur, il faut avant tout écrire, écrire, et… encore écrire. Pas de recette miracle !

 

D’où vous est venu l’envie d’écrire du polar médiéval ?

Pour écrire un roman, je pars toujours d’un thème ou d’une idée, sans m’interroger sur la forme que prendra le texte… et surtout, sans essayer de le ranger dans une « case » littéraire (SF, polar, etc). La période de la chasse aux sorcières, au cours du XVè siècle, m’a toujours fasciné. C’est de là qu’est venue l’idée d’écrire « Le Signe du Diable« . Pour répondre à la question: ça n’était pas tant le genre « polar médiéval » qui m’attirait, plutôt le thème très précis de la sorcellerie. D’ailleurs, entre nous, je ne suis pas très « polar ». Ni en tant qu’auteur, ni en tant que lecteur. Pour moi, « Le Signe du Diable » est davantage un thriller qu’un policier…

 

De quel personnage de votre roman « Le Signe du Diable » vous rapprochez vous le plus ?

Il y a une part de moi en chaque personnage… mais dans ce roman (comme d’ailleurs dans tous ceux que j’écris !) c’est de mon personnage principal dont je suis le plus proche: Morgane, la jeune femme accusée de sorcellerie, propulsée au cœur d’un complot. D’ailleurs, parlons-en ! Le Moyen Âge est une époque où il ne fait pas bon être une femme. Encore moins en ce début de Renaissance, période de chasse aux sorcières ! D’où ce choix d’un personnage féminin, qui offre à mon sens bien plus de complexité et de profondeur au roman. Et de subtilité, aussi… 

 

Est-ce qu’on retrouvera Morgane ou un autre personnage dans un prochain livre ?

 Oui ! Je ne sais pas encore quand, mais je peux au moins dire une chose: ce sera d’une manière plutôt inattendue… Suspens !

 

Qu’est ce qui vous a poussé à devenir écrivain ?

 … ou plutôt: qu’est-ce qui aurait pu me pousser à ne pas l’être ? Depuis tout petit je m’invente des histoires… Dès que j’ai su lire et écrire, j’ai commencé à gratter mes textes dans mes cahiers d’école. J’ai grandi avec l’écriture ! Publier un roman était donc un rêve d’enfance. Merci aux éditions Zinedi d’avoir cru en moi !

 

Comment vos personnages prennent-ils vie ?

 En réalité, j’ai l’impression qu’ils sont déjà en vie quelque part, et que je ne fais que les découvrir. Au fil de l’écriture, ils évoluent d’eux mêmes sous ma plume. J’ai bien plus l’impression de les rencontrer que de les créer. D’ailleurs, au début de chaque nouveau roman, il y a toujours cette phase de « découverte », particulièrement exaltante puisque parfois, des personnages se révèlent diamétralement différents de mon idée d’origine. Je les découvre, et ils continuent d’évoluer d’eux-mêmes au long de l’intrigue… C’est une étrange alchimie, que je ne saurais expliquer !

 

Comment percevez-vous les critiques sur votre premier roman ?

Ce premier roman, c’était un peu mon « baptême du feu ». J’avoue que j’appréhendais l’accueil du public… et au final, que du positif ! Quatre coups de cœur de libraires, des retours magnifiques sur la toile et en dédicace… La critique qui m’a le plus touché, c’était lors d’une rencontre en médiathèque à Marckolsheim: « Je dois avouer qu’au départ, le sujet ne m’intéressait pas – mais alors pas du tout ! – et au final, je me suis régalée… » Bref, un gros merci à tous ces lecteurs qui ont pris le risque de découvrir un nouvel auteur !

 

Avez-vous à ce jour un nouveau projet d’écriture ?

Oui ! Le 9 mai sort mon nouveau roman, un thriller dont je livrerai le titre prochainement sur ma page facebook… Entre temps, j’ai écrit un autre polar médiéval, qui paraîtra sans doute en 2018. J’ai aussi un roman de SF en réserve, que mes bêta lecteurs ont beaucoup apprécié… Bref, l’aventure continue !

 

Concernant votre nouvelle vie d’auteur, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Beaucoup trop ! Les passages sur Radio Bienvenue Strasbourg (merci à l’équipe de Cité Cultures !), les dédicaces, les salons… C’est beaucoup de nouveautés pour moi (et un soupçon de stress aussi, soyons honnêtes !). J’ai l’impression de ne pas m’y être encore totalement habitué… 

Quels conseils donneriez-vous à toutes les personnes qui rêvent de devenir écrivain ?

Pour moi, on ne devient pas écrivain: vous l’êtes déjà à partir du moment où vous commencez à écrire ! Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut être publié pour être un « vrai écrivain » (d’ailleurs, ça veut dire quoi, « vrai écrivain » ?). Alors mon seul conseil: éclatez-vous, donnez le meilleur de vous-même, et prenez en compte les avis de vos proches pour progresser ! Enfin, pour se faire publier, pas de recette miracle: tentez votre chance, et ne vous découragez pas… Croyez en vous ! Même les grands auteurs d’aujourd’hui ont connu les lettres de refus avant publication…

Merci à Thomas Laurent pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir son premier roman.

thomas-laurent-portrait

Dès son plus jeune âge, Thomas Laurent manifeste sa passion pour l’écriture. De la science-fiction au thriller moderne, en passant par le polar historique, il se crée un univers marqué par les ambiances sombres et les mystères insolubles. À 21 ans, il publie son premier roman, Le Signe du Diable, aux éditions Zinedi. On y retrouve ses thèmes de prédilection, parmi lesquels celui de la lutte entre raison et superstition. Thomas Laurent vit à Strasbourg où il poursuit un master d’archéologie.