Entretien avec Thomas Laurent – Code Victoria

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1) Comment t’es venue l’idée de l’intrigue pour « Code Victoria » ?

Principalement, de trois grands mystères historiques réels. Un exemple: dans Code Victoria, l’intrigue est bâtie – entre autres – autour d’un manuscrit crypté. Je me suis inspiré du manuscrit de Voynich, ce codex médiéval dont on n’a toujours pas traduit l’écriture après un siècle de recherches. J’aborde ces trois mystères historiques sur ma chaîne Youtube, « Thomas Laurent ». Mais je dois avouer qu’ils n’ont pas été mes seules sources d’inspiration: j’ai beaucoup puisé dans ma formation d’archéologue pour reconstituer les croyances et les peurs médiévales ayant forgé les superstitions de Rochehauh, où se déroule le roman.

2) Comment est né ton personnage principal, Victoria ?

Honnêtement… aucune idée ! J’ai toujours l’impression de « rencontrer » mes personnages au cours de l’écriture. Certes, j’en dresse un portrait lors de la préparation, mais il n’y a que sous ma plume qu’ils s’animent réellement. Les premiers chapitres d’un roman sont toujours l’occasion pour moi de rencontrer mes personnages, d’apprendre à les connaître. Un peu comme s’ils préexistaient à l’invention de mon intrigue et venaient simplement me rencontrer, « happés » par mon imagination: et parfois, ils sont assez loin de ce que j’avais prévu initialement ! Cela fait partie de la magie de l’écriture… Pour en revenir à la question: j’ai davantage le sentiment d’avoir « rencontré » Victoria, plutôt que d’avoir assisté à sa « naissance ». Étrange, n’est-ce pas ?

3) Est-ce que le thriller ésotérique et médiéval restera ta signature dans tes prochains romans ?

Le poids des superstitions, des peurs et des légendes obscures a toujours été – et restera encore un moment, sans doute – la signature de mes romans. Cela dit, je ne me restreins pas au genre du thriller contemporain. Mon premier roman, « Le Signe du Diable » prenait place au XVè siècle, sur fond d’inquisition et de sorcellerie ; « Code Victoria », à l’inverse, est un thriller ésotérique, dans la lignée des romans de Dan Brown ou Henri Loevenbruck. J’ai également écrit un roman de SF et un autre polar médiéval, à paraître un jour ou l’autre…

4) D’où te vient cette justesse dans les descriptions historique ?

D’une grande passion pour l’Histoire… et de quelques années passées à étudier l’archéologie à l’Université de Strasbourg.

5) Qu’est ce qui te fascine tant dans le Moyen Âge ?

La fin du Moyen Âge et la Renaissance sont les périodes qui m’attirent le plus, de par leur complexité: c’est à la fois le temps du renouveau et des grands humanistes… mais aussi l’époque où l’Occident s’embrase de bûchers, l’inquisition condamnant les présumés « sorciers et sorcières ». Une période complexe dont j’aime exploiter les superstitions, peurs et croyances, qui sont intimement liés.

6) Aurais-tu aimé habiter à Rochehauh à cette époque ? 

Sûrement pas ! Point de café à cette époque: or je suis un véritable drogué. Je n’aurais pas survécu une semaine…

Lien vers la chronique du livre

Merci à Thomas Laurent pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir son second roman.

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Biographie de Thomas Laurent

Dès son plus jeune âge, Thomas Laurent manifeste sa passion pour l’écriture. De la science-fiction au thriller moderne, en passant par le polar historique, il se crée un univers marqué par les ambiances sombres et les mystères insolubles. À 21 ans, il publie son premier roman, Le Signe du Diable, aux éditions Zinedi. On y retrouve ses thèmes de prédilection, parmi lesquels celui de la lutte entre raison et superstition. Thomas Laurent vit à Strasbourg où il poursuit un master d’archéologie.

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Entretien avec Nicolas BEUGLET

 

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1) Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Nicolas Beuglet, 42 ans, auteur du thriller Le Cri aux éditions XO. Auparavant, présentateur, rédacteur en chef et directeur artistique en télévision.

2) Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Les lectures de ma mère le soir comptent énormément. Mais le premier livre que j’ai désiré au point de compter les heures qui me séparaient de chaque lecture fut L’histoire sans fin.

3) Quel est l’écrivain qui a fait de vous un écrivain ?

Steinbeck pour les fondations, JK Rowling pour le plaisir.

4) Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre roman « Le Cri » ?

Par une peur personnelle qui m’a un jour terrassé et dont je n’ai pas compris l’origine. Comme si cette émotion ne faisait pas partie de mes peurs personnelles mais de celles de l’espèce humaine. Des années plus tard, j’ai fait des recherches sur cette terreur et je suis notamment tombé sur cette formidable réflexion de Carl Gustav Jung : « Nous ne sommes pas d’hier ou d’aujourd’hui, nous sommes tous d’un âge immense. »

5) Comment vos personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement Sarah et Christopher ?

Sarah est venu me voir et elle m’a dit : il te faut une femme comme moi pour espérer aller au bout de cette enquête, les autres ne tiendront pas le coup. Christopher m’a supplié de ne pas lui faire subir un tel calvaire parce qu’il serait incapable de surmonter une telle épreuve… seul. J’ai écouté leur demande et je les ai seulement fait se rencontrer.

6) Vous êtes-vous rendu sur place pour décrire avec tant de précision tout ses lieux que l’on découvre dans « Le Cri » ?

Non mais j’ai passé tellement d’heures à les parcourir sur internet via des photos, des films et des dizaines de témoignages détaillés.

7) Est-ce qu’on retrouvera le personnage de Sarah Geringën dans un prochain livre ?

Je regarde ce qu’elle fait en ce moment et je me dis que c’est possible.

8) Est-ce que le fait d’être journaliste de formation vous a aidé à trouver toutes les infos pour écrire ce livre ?

La formation non, l’obsession de toujours chercher le pourquoi du pourquoi et d’être sûr de mes informations, oui.

9) Avez-vous été troublé vous-même, par votre propre réponse sur l’origine de l’âme humaine ?

L’idée du Cri m’est venu il y a assez longtemps et pour tout vous dire, j’avais peur de l’écrire. Je ne me sentais pas capable de me confronter à ce sujet sans céder à la panique. J’ai dû attendre que ma vie devienne plus sereine pour trouver la force et le soutien (de ma femme Caroline) pour me dire : j’y vais.

10) Etes-vous sur un nouveau projet d’écriture ?

Oui. Une nouvelle qui est terminée et un prochain roman qui est en cours. Mais pour l’un et l’autre, je ne peux pour le moment pas en dire plus.

11) Quelles sont vos autres passions ?

Mes deux filles, et les jeux vidéo…eh oui. Notamment ceux qui ont le don de raconter des histoires que l’on ne verra jamais dans un livre.

12) Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Si vous avez lu jusqu’ici, c’est que vous êtes une personne curieuse (ou très polie). Dans les deux cas, je me reconnais alors en vous et vous souhaite l’immortalité à travers toutes vos anciennes et futures lectures.

Lien vers la chronique du livre

Merci à Nicolas Beuglet d’avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir son dernier roman « Le Cri ».

 

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Biographie de Nicolas Beuglet

Nicolas Beuglet a 42 ans. Après quinze ans passés chez M6, il a choisi de se consacrer à l’écriture de scénarios et de romans. Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa femme et ses deux filles.

 

Entretien avec SIRE Cédric

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C’est pour moi un très grand plaisir de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les rares lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis auteur de thrillers, souvent proches de la littérature d’horreur. À ce jour, j’ai publié dix livres, qu’on peut retrouver pour la plupart en éditions de poche chez Pocket. Mon nouveau roman, Du feu de l’enfer, est actuellement disponible en grand format aux éditions Presses de la Cité.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

La série des Bob Morane, sans hésitation. Gamin, je dévorais ces livres, j’allais à la bibliothèque de mon petit village et je restais en admiration devant les étagères. Toutes ces aventures qui n’attendaient qu’à être découvertes ! J’en empruntais un par semaine.

● D’où vous est venue l’envie d’écrire des « Thrillers horrifiques » ?

J’ai découvert l’horreur avec Stephen King dans les années 80. C’était également un âge d’or pour le cinéma d’horreur. J’ai grandi avec cette culture. Ce sont mes racines. J’essaierai forcément d’autres horizons au fil des années, mais cela restera mon ADN, mes goûts initiaux et les plus vrais.

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman Du feu de l’enfer ?

C’est dernières années, j’ai beaucoup roulé le long des routes de l’Hérault pour aller visiter divers membres de ma famille. La région est parsemée de bâtisses à l’abandon, perdues au milieu de nulle part. Cela m’a fait penser à tout un tas de faits divers, des anecdotes locales de soirées orgiaques mettant en scène des notables, des actes de vandalisme et des mutilations animales dont les justifications demeurent floues. Je me suis demandé : « Et si toutes ces anecdotes sordides avaient une même cause ? Que se passerait-il si une secte satanique organisait des soirées dans ces endroits abandonnés ? » Toute l’idée du roman a commencé à germer à partir de ça.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et là tout particulièrement Manon et Ariel ?

Les personnages sont toujours mon moteur d’écriture. Ils sont en moi, ils ont besoin de sortir, ou plutôt j’ai besoin de raconter leur histoire. C’est comme cela que ça se passe toujours. Du feu de l’enfer est avant tout l’histoire de Manon et d’Ariel, le récit de leur parcours : celui d’un frère et d’une sœur que tout oppose, qui ont toujours vécu une relation tendue, mais qui vont devoir se tenir les coudes et découvrir ensemble que, sous la surface, il se passe des choses terrifiantes. Manon est une incarnation angélique, pure, et naïve par bien des aspects. Son métier est d’embaumer les morts. Pour elle, c’est une vraie mission, elle apporte un respect absolu aux défunts et ne souhaite qu’une chose : que les familles puissent être apaisées et faire leur deuil. C’était un jeu délicieux pour moi de mettre ce personnage en perspective avec des individus représentant tout l’inverse : des monstres qui n’ont aucun respect pour la dignité humaine. Je voulais voir comment elle allait réagir, comment elle allait découvrir en elle cette part d’ombre, aussi.

● D’où vous vient cette justesse si parfaite dans les descriptions de l’horreur ?

Merci pour le compliment ! Je me mets à la place de mes personnages, je crois que l’essentiel vient de là. Quand j’écris, je suis debout au milieu du sang, je sens son odeur violente, j’ai son goût salé sur la langue, mon cœur s’accélère en même temps que celui de mes personnages et mes pupilles se dilatent en même temps que les leurs. J’essaie de décrire ces émotions le plus simplement et avec le plus de vérité possible.

● Comment définiriez-vous vous-même votre style de romans ?

Du frisson. Sans aucune autre prétention.

● Êtes-vous un grand lecteur et quels sont vos modèles ?

J’ai toujours beaucoup lu, dévoré des centaines et des centaines de livres – et de films aussi ! Je n’ai pas de modèle à proprement parler, mais je peux dire qu’il y a des auteurs qui ont accompagné ma vie rêvée et dont le travail fait à jamais partie de moi, de mon expérience personnelle la plus intime. Parmi eux, Stephen King, Clive Barker et David Lynch ressortent en premier, forcément. Ils m’ont donné envie d’être auteur moi-même. Ils m’ont montré que c’était possible, que j’avais le droit de choisir cette voie. Si je fais ce métier aujourd’hui, et si je veux être honnête, c’est entièrement grâce à ces personnes.

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est-ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

Il est toujours prévu dès le départ. Je ne commence à écrire que lorsque j’ai le début et la fin de mon histoire très clairement définis dans ma tête. Mais au fil de l’écriture, les personnages se mettent à vivre, ils prennent de l’épaisseur, de la personnalité. Ce qui fait que, parfois, il m’est arrivé de finir un roman de manière très différente du plan initial. Ça a été le cas pour L’enfant des cimetières, notamment. La fin du livre tel que je l’ai écrite est cent fois plus intéressante que le pitch que j’en avais fait à l’éditeur ! (Rires.)

● Êtes-vous déjà sur un nouveau projet d’écriture ?

Oui, je travaille sur une nouvelle histoire, encore très différente de mes derniers livres !

● Quelles sont vos autres passions ?

J’aime la musique, tout particulièrement de metal. J’en écoute à longueur de journée. D’ailleurs, j’en profite pour préciser qu’à l’instant où j’écris ces lignes, c’est le morceau Waters of Ain de Watain qui fait vibrer mes enceintes, et j’en ai des frissons comme à chaque fois que j’écoute ce morceau. Je vais toujours à autant de concerts que possible, comme lorsque j’avais dix-huit ans. La musique vivante n’a pas de prix.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Je salue tous ceux qui passeront par ici ! J’espère qu’ils auront envie de découvrir mes histoires et qu’elles les divertiront ! Les dates de mes prochaines dédicaces sont indiquées sur mon site officiel, il ne faut surtout pas hésiter à venir me voir pour discuter !

Lien vers la chronique du livre

Merci à Sire Cédric pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

 

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Biographie de Sire Cédric

Né en 1974, le Toulousain Sire Cédric occupe depuis plusieurs années une place de choix sur la scène du thriller français.

Il est l’auteur de huit romans et de deux recueils de nouvelles, aux frontières du mystère et du frisson.

Il a reçu le prix Masterton pour son roman L’enfant des cimetières et le prestigieux prix Polar du festival de Cognac pour son thriller De fièvre et de sang.

Ses livres sont traduits en plusieurs langues.

Son nouveau roman, Du feu de l’enfer, est paru aux éditions Presses de la Cité en mars 2017.

Entretien avec Hervé CLAUDE

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● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Hervé Claude. C’est mon vrai nom… Je suis journaliste et romancier. J’ai longtemps travaillé à la télévision, notamment pour présenter le JT de France 2. Mais parallèlement j’ai toujours écrit des romans, d’abord des romans de littérature générale puis en 2000, j’ai basculé dans le roman noir.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Mon premier souvenir fort de littérature c’est Agatha Christie, quant j’avais 10 ou 12 ans. C’est sans doute pourquoi, un jour, j’ai basculé dans le roman noir.

 D’où vous est venue l’envie d’écrire des romans noirs ?

Cela s’est fait à l’occasion d’un voyage en Australie. J’ai eu une idée. J’ai ensuite écrit le roman et je l’ai proposé à la Série noire. Il a été pris en huit jours. Je me suis dit qu’il fallait continuer dans ce domaine.

● Pourquoi vos romans se déroulent-ils pour la majorité en Australie ?

Et je me suis dit qu’il fallait retourner en Australie pour trouver d’autres idées. Et, depuis 15 ans maintenant j’y retourne chaque année deux ou trois mois. C’est un pays qui m’inspire. Assez proche du nôtre mais un peu plus de neuf, un peu plus moderne, beaucoup plus grand et très propice pour les histoires policières. L’Australie a un côté Far-West…

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman « Crystal City » ?

L’idée de Crystal City est venue en rencontrant des amis qui travaillent dans les mines. Ces mines sont très importantes pour toute l’économie de l’Australie occidentale. Elles ont fait la richesse de cette région. Mais elles ont entraîné un énorme trafic notamment de drogue. Il me semblait que j’avais là un bon sujet. D’autant que ces mines, dans l’outback, c’est-à-dire des déserts très isolés sont des lieux très étranges où les mineurs travaillent dans des conditions extrêmes.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et notamment « Anthony Argos » pour « Crystal City » ?

J’ai créé Anthony Argos car j’avais quitté mon éditeur précédent (Actes Sud) et je souhaitais créer une autre série. Jusqu’à présent je n’avais jamais eu de personnage de journaliste. Cette fois je me suis lancé. Mais c’est un journaliste très différent de celui que j’ai été. C’est un pur journaliste d’investigation avec toutes ses qualités mais aussi ses défauts. C’est un emmerdeur, un pinailleur mais un gars qui ne lâche jamais le morceau.

● Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la série autour du journaliste « Anthony Argos » ?

Je ne sais pas jusqu’où j’irai avec lui. Pour l’instant j’ai prévu une trilogie. Le deuxième sortira en mars prochain et je travaille sur le troisième. Après on verra…

● Etes-vous un grand lecteur et quels sont vos modèles ?

Je lis pas mal de romans policiers, de romans noirs. Mes modèles se sont Henning Mankel ou Denis Lehanne. Ils écrivent des romans à la fois littéraires et avec des intrigues très serrées. Mais mon modèle absolu reste Patricia Highsmith.

● Quand vous commencez à écrire un roman, le dénouement est-il déjà fixé ou est ce qu’il vient au courant de l’écriture ?

En commençant à écrire un roman, je ne fais jamais de plan. Les idées, l’intrigue, doivent venir au fil de la plume. C’est cela la vraie création littéraire.

● Mettez-vous un point d’honneur à parler de la communauté gay ?

Je ne mets par un point d’honneur à parler systématiquement de la communauté gay. Simplement je me suis rendu compte qu’un personnage gay est une vraie originalité dans le roman noir. Un peu moins maintenant, moins qu’il y a 15 ans quand j’ai écrit Riches, Cruels et Fardés, mon premier publié à la série noire. En plus, cela donne un point de vue un peu décalé à l’ensemble du roman.

● Quelles sont vos autres passions ?

J’ai plein d’autres passions : le journalisme bien sûr, le cinéma, le sport, les voyages, les gens, etc. etc.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Bref la vie, tout simplement !

Lien vers la chronique du livre

Merci à Hervé Claude pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cet auteur et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

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Biographie de Hervé Claude

Hervé Claude est un journaliste et écrivain français né le 19 novembre 1945 à Paris.

Il a présenté le journal d’Antenne 2, puis France 2, de 1975 à 1994. Il travaille depuis cette date sur Arte.

Hervé Claude a écrit une dizaine de romans. « Requins et Coquins » est le deuxième dans la Série noire après « Riches, cruels et fardés ».

En septembre 2007, est sorti le dernier tome de la trilogie « Mort d’une drag-queen ». Il a aussi publié un roman noir dans la collection Suite noire sous le numéro 24 intitulé « Cocu de sac ».

Journaliste à la télévision, il travaille principalement pour Arte. Il vit plusieurs mois de l’année en Australie.

Il a à son actif une quinzaine de livres. Amoureux des auteurs anglo-saxons, il avoue sa passion pour les romans policiers de Patricia Highsmith et de Russel Banks. Côté français, il a une préférence pour Caryl Ferey, Jean-Noël Pancrazi et Jérôme Ferrari.

Entretien avec Dominique SYLVAIN

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J’apprécie beaucoup l’univers et les livres de Dominique Sylvain, c’est donc un grand plaisir pour moi de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Née en Lorraine, j’ai 59 ans et ai été journaliste avant de me lancer dans la fiction. J’écris des romans noirs depuis un peu plus de vingt ans et ai commencé par des séries (Louise Morvan, Ingrid et Lola…). Depuis peu, j’écris des unitaires. J’ai aussi écrit pas mal de nouvelles et deux courtes pièces radiophoniques.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Un souvenir sonore. Mon arrière-grand-mère me lisait (ou me récitait de mémoire) des contes, fables et autres histoires. Je me souviens de sa jolie diction. Elle ne disait jamais « on » mais « nous » ; dans le fond, sa voix, son vocabulaire émergeaient du 19ème siècle. Dans ma série Ingrid et Lola, les échanges entre les deux protagonistes sont parsemés de mots oubliés. Sans doute, l’héritage de mon arrière-grand-mère.

● Avez-vous toujours eu cette envie d’écrire et pourquoi du « polar » ?

J’ai toujours aimé la littérature, tous genres confondus. J’aimais la chose écrite, les mots, réécrire certains dialogues dans ma tête et envoyer des lettres touffues à mes amis. Au début, je ne m’envisageais pas perchée devant un ordinateur à inventer des personnages, des vies, des péripéties. J’ai donc commencé par être journaliste parce que j’avais envie d’action et de contacts. C’est après la naissance de mes enfants et l’expatriation de ma famille au Japon que je me suis sentie prête à affronter la (relative) solitude de l’écrivain. Pourquoi le polar ? Eh bien, parce qu’au début, ça me semblait plus rassurant d’avoir une intrigue solide (celle propre à l’enquête) à laquelle me raccrocher. Dans ce genre littéraire, imbibé de suspense, on se doit de créer une ossature pour l’histoire qu’on envisage. C’est un peu comme le saut à l’élastique, on a de quoi se raccrocher pour ne pas se fracasser lamentablement contre la falaise. Dans la littérature générale, les possibilités sont infinies et floues. Mais dans le fond, ma théorie ne tient pas vraiment. Même si le polar est en partie une écriture sous contrainte, comme chaque littérature de genre, il embarque tout de même le lecteur dans mille univers différents. Il y a toujours cette contrainte du drame obligé et de l’existence d’une ou de plusieurs victimes, mais une fois le contrat tacite avec le lecteur respecté – lui procurer un texte soutenu par une certaine intensité voire une intensité certaine – on fait ce que l’on veux. On a même le droit de jouer avec les codes.

● Est-ce que d’après vous vos voyages vous on formée en tant que romancière/auteur/écrivain (je ne sais pas quel terme vous préférez) ?

J’aime bien le terme « romancière ». Mon genre est ainsi clairement défini. Et, au moins, on évite « auteure » qui ne gagne pas le grand prix de beauté. Et puis un auteur peut être aussi un scénariste, donc le terme prête à confusion. Mes voyages m’ont en effet amenée à ce métier. C’est au Japon que j’ai commencé à écrire, au début des années 90. Mon premier personnage était la ville de Tokyo, qui exerçait et exerce toujours une fascination sur moi. Ensuite, j’ai voyagé en Asie et les paysages, les cultures, les visages, les ambiances m’ont marquée. Par exemple, il pleut beaucoup dans mes romans car les pluies d’Asie sont les plus poétiques.

● Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer au Japon en 1993 ?

Mon mari venait d’y être muté. Le suivre n’a pas été une corvée, loin de là, ce bouleversement me passionnait autant que lui. J’ai toujours été attirée par l’Asie. C’est un continent que je comprends (du moins émotionnellement), sans savoir vraiment pourquoi. Tout m’intéresse : la littérature, l’architecture, les arts martiaux, la photographie, le cinéma, les codes sociaux, le shintoïsme et la gastronomie. Donc, cette attirance est sans doute liée à des esthétiques auxquelles je suis sensible naturellement. Juste avant de partir vivre à Tokyo, j’avais vu l’anime Akira, d’après le manga éponyme. Ça m’avait bluffée.

● Comment vous est venue l’idée de l’intrigue de votre dernier roman « Kabukicho » ?

Je voulais écrire une histoire se déroulant à Tokyo. C’était comme un puissant désir de retour aux sources, après plus de vingt ans d’écriture. J’ai découvert un documentaire sur une célébrité d’Osaka, un certain Issey, qui exerce un métier qui n’existe (il me semble) qu’au Japon. C’est un hôte. Séduisant, élégant, prince du baratin et champion de l’écoute attentive, il passe ses nuits à divertir, rassurer, complimenter ses clientes. Et à leur faire consommer des boissons alcoolisées pour faire grimper la note. Mais le sexe, la prostitution n’entrent quasiment jamais dans l’équation. Dans un pays où la psychanalyse n’est guère en vogue, les habituées des hôtes ont besoin d’un massage de l’ego. Issey précisait qu’à force de mentir, certains matins, il ne savait plus bien qui il était. Sa grâce désenchantée et fragile m’a émue. J’ai su que je tenais là le départ d’un roman noir psychologique, une réflexion sur le mensonge, les apparences, la solitude contemporaine. C’est aussi un roman sur l’identité. Trois narrateurs racontent le bouleversement que la mort d’une jeune femme provoque dans leurs vies.

● Comment vos personnages prennent-ils vie en général et notamment « Yudai et Marie » pour « Kabukicho » ?

Je me glisse dans leur peau et j’essaie de ressentir ce qu’ils ressentent. Une fois que je sais à peu près qui ils sont, il suffit de les laisser fonctionner via leur logique interne. Mais de nombreuses modifications interviennent de version en version. Jusqu’à ce qu’il y ait une sorte de cristallisation. Le personnage existe alors. Je le sais. Je le sens. Pour mettre en place, Yudai, les choses me sont venues assez naturellement. J’ai imaginé ce que pouvait être l’existence d’un homme au bord de la rupture, usé par ses nuits à Kabukicho, déstabilisé par la perte de Kate, sa meilleure amie et surtout la seule femme avec qui il peut être lui-même. Marie a elle aussi un problème d’identité. Elle est venue au Japon pour vivre une aventure et combler des manques. Une façon de se perdre pour se retrouver. Elle a eu une enfance assez dure, elle trimballe un gros manque affectif. Elle tâtonne. Face à Kate, qui a un tempérament solaire, Marie se sent inférieure, inaboutie. Créer Marie a été très difficile. J’ai réécrit plusieurs versions. Elle ne sait pas qui elle est. Je le savais encore moins. Seule l’écriture (acharnée !) pouvait me la faire rencontrer.

● Etes-vous une grande lectrice et quels sont vos modèles ?

Oui, j’enchaîne la lecture de romans. J’ai de nombreux modèles. Mes « professeurs » d’origine sont les grands Américains : Raymond Chandler, Ed McBain, Chester Himes, Elmore Leonard. Mes goûts me portent vers l’ailleurs. J’aime les auteurs japonais tous genres confondus : Haruki Murakami (surtout ces romans des années 90), Keigo Higashino, Natsuo Kirino, entre autres. Dans mon panthéon, j’ai des romans, plutôt que des œuvres intégrales. Tokyo de Mo Hayder, Out de Natsuo Kirino, Complicity de Iain Banks, Mystic River de Dennis Lehane, Les oiseaux de Bangkok de Vazquez Montalban, Le Léopard de Jo Nesbo, etc. En France, j’aime certains romans de Philippe Djian (Vers chez les blancs, Incidences…), Le Marin de Gibraltar de Duras, et bien d’autres. Je viens de découvrir Preparation for the next life d’Atticus Lish et Still here de Lara Vapnyar, deux superbes romans américains. C’est sans fin.

● Après « L’Archange du chaos » et « Kabukicho » qui sont des romans unitaires, est-ce que pour vous les séries sont terminées ou allez-vous continuer ?

Je ne sais pas. J’éprouve un sentiment de liberté depuis que j’écris des romans unitaires. Je travaille sur des idées différentes. J’ai de moins en moins envie de raconter des intrigues avec des enquêteurs qui élucident petit à petit une affaire. Ce qui m’intéresse, c’est le roman total. Celui que je porte peut-être en moi, celui que je n’écrirai peut-être jamais. C’est le cheminement qui est intéressant. Et peut-être pas le sentiment d’être arrivée au bout d’un chemin après chaque publication. Oui, c’est ça, je chemine. Et ce qui me passionne, c’est de construire des histoires véhiculant une véritable émotion, plutôt que de dérouler des intrigues super excitantes sur le plan du suspense. Evidemment, l’idée est de réussir les deux. Mais la recherche prime, cette volonté que l’histoire trouve son style. La langue est un matériau sublime et rétif. Ça résiste et c’est ça qui est beau. Pour revenir à votre question, j’écrirai peut-être de nouveau des suites lorsqu’une envie irrépressible passera par-là. Je me laisse guider par mon instinct.

● Quelle est selon vous aujourd’hui la place du roman policier dans la littérature française ?

Très importante en termes de vente apparemment. A tel point que tout le monde veut en écrire, même ceux qui ne sont pas écrivains. Sans doute parce qu’ils s’imaginent que c’est plus facile, d’une manière ou d’une autre. C’est un peu le sentiment que j’avais au début. Mais la différence avec ces personnes, c’est que j’éprouve une véritable passion pour l’écriture. Polar ou pas, pour moi, c’est avant tout un travail artistique.

● Quelles sont vos autres passions ?

C’est la seule. Pour le reste, tout m’intéresse. Mais c’est sans doute parce tout prend sens puisque que je veux écrire sur la réalité, sur mon époque. Ou essayer du moins.

● Quel sera votre mot de fin à cet entretien ?

Merci pour cette interview. Et merci de vous intéresser à mon travail. Pour moi, l’écriture n’est ni une psychanalyse ni une action à sens unique. C’est un échange. Lorsque je lis, j’ai l’impression d’avoir la chance d’avoir une longue conversation avec un auteur. J’espère que mes lecteurs ressentent la même chose. Et comme à travers La Caverne du polar, vous êtes un passeur, j’apprécie que vous me permettiez de transmettre cette idée.

Lien vers la chronique du livre

Merci à Dominique Sylvain pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière et si ce n’est pas déjà fait de découvrir tout ses romans.

Dominque Sylavin

Biographie de Dominique Sylvain

Dominique Sylvain est née le 30 septembre 1957 à Thionville en Lorraine.

Elle travaille pendant une douzaine d’années à Paris, d’abord comme journaliste, puis comme responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor.

Pendant treize ans, elle a vécu avec sa famille en Asie. Ainsi, Tokyo, où elle a passé dix ans, lui a inspiré son premier roman Baka ! (1995). Sœurs de sang et Travestis (1997 et 1998) ont été écrits à Singapour.

Elle habite actuellement à Paris mais reste très attachée à l’Asie où elle se rend régulièrement. Elle se consacre, désormais, exclusivement à l’écriture. Ses seize romans ont tous été publiés dans la collection Chemins Nocturnes, aux Éditions Viviane Hamy.