Entretien avec Sandrine COLLETTE

les larmes noires de la terre

J’apprécie beaucoup le travail de cette auteur, c’est donc pour moi un très grand plaisir de vous proposer cet entretien.

● Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis un auteur que les libraires ne savent pas bien où classer… polar mais pas polar, thriller, roman noir ou roman court… toujours sombre mais sans le schéma crime-enquête-inspecteur, je préfère les destins ordinaires, des gens comme vous et moi, qui basculent à un moment de leur vie, souvent pour une raison toute bête.

● Quel est votre premier souvenir avec le monde du livre ?

Sans doute la découverte du Club des Cinq d’Enid Blyton. Avant, après j’ai lu beaucoup de bande dessinée étant enfant et ado, avec un drame : je m’identifiais aux héros guerriers, braves et beaux, et en famille, on me comparait plutôt à ces personnages secondaires et rigolos que sont par exemple Pirlouit pour Johan et le schtroumpf grognon pour les Schtroumpfs.

●  Comment vous est venue l’idée de l’intrigue pour votre nouveau roman « Les larmes noires sur la terre » ?

Le décor est venu en premier (cf. question 5) et ensuite, je me suis demandée quelle histoire pouvait s’implanter là-dedans. Je ne voulais pas faire un roman misérabiliste, où la seule force toute relative aurait été de se complaire dans l’observation de ces personnages qui dégringolent. Le cœur du livre, ce sont les six femmes qui l’habitent et qui redirigent complétement le roman vers la solidarité et l’amitié, des femmes puissantes malgré ce que la vie leur a fait endurer.

● Vos personnages sont tellement charismatique, comment prennent-ils vie ?

Impossible de vous répondre. Ils prennent vie tout seuls : je cherche une idée comme on attend le messie, cela tourne dans ma tête sans que je m’en rende compte, mais avec une attention particulière aux petits événements de la vie quotidienne, et à un moment, un déclic se produit. Je trouve l’histoire, je trouve un personnage, puis deux, puis trois. Je ne sais pas expliquer comment cela vient.

● D’où vous est venu l’idée de « La Casse » ?

C’est une idée qui m’est venu en 2014, avant que l’on ne parle de camps de migrants… c’est très clairement un roman qui a été rattrapé par la réalité (ou presque). Je me promenais dans ma campagne et j’ai été saisie par ces vieilles voitures qu’on laisse pourrir dans les cours de fermes, qui n’ont plus de couleur, plus de vitres, et qui servent d’abris aux poules. Cela m’a fait l’effet d’objets morts et j’ai pensé que ça pouvait être un formidable décor pour un roman.

● Avez-vous toujours eue cette envie d’écrire ?

Oui, depuis que je suis enfant, j’inventais des petites histoires, des chapitres, je créais des BD d’une page. Mon rêve a toujours été de voir sur mes étagères un livre avec mon nom sur la tranche.

● Etes-vous une grande lectrice ?

Oui, mais très peu de polar. J’en lis pour savoir ce qui se fait, mais en tant que lectrice, j’ai surtout envie de sortir des univers sombres sur lesquels j’écris. Je lis chaque jour avec une prédilection pour des auteurs comme Alessandro Baricco, Laurent Gaudé, Murakami, Marguerite Duras…

● Avez-vous à ce jour un nouveau projet d’écriture ?

Oui…mais comme beaucoup d’auteurs, je n’aime pas en parler avant qu’il soit bien avancé…

● Quelle est selon vous la place du polar dans la littérature française d’aujourd’hui ?

La littérature noire représente une vente de livre sur quatre en France. Enorme ! Il y a une fascination pour ces univers qui se sont beaucoup diversifiés depuis une vingtaine d’années. Besoin d’adrénaline ou de regards sans aménité sur nos sociétés, sources de réflexions, je ne sais pas, mais il y a clairement une vague de cette littérature aujourd’hui.

● Quelles sont vos autres passions dans la vie ?

La famille, qui est mon noyau central. Puis les chevaux et le (gros) bricolage. J’ai encore 4 chevaux à la maison (j’en ai eu 25 il y a vingt ans…) et j’ai refait moi-même toute ma maison, depuis la toiture jusqu’à l’escalier en passant par le carrelage ou… les écuries.

● Concernant votre vie d’auteur, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Rien de bien croustillant, en dehors des éternels loupés quand un lecteur me dit qu’il a adoré « Six souris blanches », « Dix petites fourmis » ou « Six fourmis rouges » pour mon thriller « Six fourmis blanches »…

● Quels conseils donneriez-vous à toutes personnes qui rêvent de devenir écrivain ?

D’essayer ! J’ai mis 20 ans à oser envoyer un manuscrit, j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas tenter, ne pas finir, la trouille, quoi. Et écrire pour soi, pas pour les autres, lecteurs ou non. Je suis convaincue qu’on ne peut pas être bon en faisant un livre qu’on n’aime pas.

Lien vers la chronique du livre

Merci à Sandrine Collette pour avoir répondu aux questions de la Caverne du Polar. J’espère vous avoir permis de découvrir un peu plus cette romancière et si ce n’est pas déjà fait de découvrir ses romans.

collette

Biographie de Sandrine Collette

Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

« Des nœuds d’acier » (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013.
En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête.

Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).
« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar.

Sandrine Collette partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

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